Je ne suis pas arrivé par hasard au milieu de l'esplanade de la défense. Aucune porte spatio-temporelle ne m’a déposé là par erreur, aucun extraterrestre ne m’a libéré après 30 ans passés en stase profonde à la vitesse de la lumière.

Rien moins qu'une succession de caisses métalliques mues par l'absorption massive d'énergie électrifère et pétrolifère, transformée ensuite en énergie motrice. L'on peut citer dans l'ordre : - une voiture - un train - un TGV - une voiture - une voiture - un TER - un escalator - un métro - deux escalators - un bus - un tapis roulant - un escalator... …débouchant sur l'esplanade de la défense. Me laissant là, les bras le long du corps, bousculé par le flot incessant de congénères humains se rendant assurément quelque part.

À cet instant, j'eus pleinement conscience d'être l'aboutissement complet d'une chaîne immense de mouvements. J'avais été charrié, conduit, poussé, déposé, somnolé, envoyé, tracté, contrôlé, aiguillé, stationné, voiturebaré, diligenté, propulsé, organisé... En une longue succession de droites et de courbes, d'interconnexions et de sens uniques, tous et toutes à mon unique service. Pour, à cet instant, me déposer à ce point précis de l'univers : l'esplanade de la défense. L'arche à droite, l'arc à gauche.

Un ensemble de forces gigantesques avait été assemblé et mis en branle afin que mes 100 kilos (et quelques...) de viande, d’eau et d’os puissent arriver longitudinalement et latitudinalement à ce point précis de l'univers entier. Moi et moi seul ! Mes pieds posaient exactement à l'endroit. Je pouvais même sentir, à travers mes semelles de plastique la terre tout en dessous, jusqu'au fin fond de son cœur de feu.

Il n'était pas encore neuf heures et j'avais déjà fait tout ça. Je décidai de m'octroyer une pause.