En ce moment, je cherche de nouveaux métiers, des trucs idiots. Et si je faisais ça et si je faisais ci. Comme ça, pour m'imaginer. Genre vendre des trucs sur ebay, déposer des brevets... Bref m’agiter un tantinet. Acheter des actions Bolloré, ce genre de choses. Oui, dans la boule quiès, investir ! 15% de plus par an, ils l’ont dit sur France-Info. De la croissance ! Investir ! Écouter la bourse avec Lexmark, imprimantes réversibles et solutions pour l'entreprise. Écouter ! Se faire une idée... Même mon parasol-hamac, je devrais le déposer. Sûr et certain. Un tabac ! J'ai tout prévu... Pas très compliqué sur le principe, du temps et un peu d'argent. Du temps et de l'argent…
Au lieu de ça, je collectionne les trèfles à quatre feuilles. Un ou deux par jour que je trouve. Une sorte de don. Je me plante au-dessus d'une touffe, d'un parterre... Et si quatre feuilles il y a, à un moment je le vois. Il est là, dessiné, bien clair sur le reste du vert. Je n'ai plus qu'à me baisser... Quelquefois, dans le doute, j'écarte du pied… Bien vérifier, être sûr. Mais souvent je le vois, comme une évidence au milieu de tous les autres. Au milieu des trois, je vois le quatre. Rongé, grignoté, parfois parfait, mais toujours quatre.
La seule chose, avec le trèfle à quatre feuilles, la seule chose importante à savoir, c’'est qu'il ne faut pas penser. En aucun cas ! C'est avéré, j'ai essayé, vérifié... Il ne faut pas penser. Une seule pensée et tout disparaît, rien ne s’éclaire. Alors que sans pensée, tout arrive...
Je les pose, couverts de rosée encore, entre les pages d'un recueil du vieux Charles.
« Les fleurs du mal » pour unique linceul, c'est pas si mal pour un trèfle à quatre feuilles.

y a pas que moi qui cause