Dans mon village, il y a deux pimprenelles, deux minuscules pimprenelles qui marchent ! Deux manouches femelles dont les hommes ont dû poser les caravanes pas loin, dans les proches environs. Pour l’hiver ou définitivement. Elles vont et viennent sur les trottoirs de mon village, toujours par deux, d’un pas rapide. Comiquement aussi petite l’une que l’autre. Un bon trente ans, des visages bronzés et les yeux noirs et fixes d’avoir déjà vécu. Pas un seul jour sans que je les croise. Marchant côte à côte, habillées n’importe comment pourvu que se soit atrocement court et balourdement affriolant… Une cuisse, une épaule, un bout de sein, il y a toujours quelque chose chez elle qui dépasse, qui déborde, qui s’immisce… Leur longue chevelure d’un noir d’encre babélisée au-dessus de leur tête en de savantes et éphémères constructions. De drôles de poules.

De temps en temps, elles sont de corvée d’eau. Un vieux J9 vert, le coffre rempli de grosses bonbonnes transparentes, stationne le temps qu’elles les remplissent une à une dans les toilettes municipales. Je ne sais pas ce que font les hommes, mais ce sont les deux minuscules pimprenelles qui sont de corvée d’eau. A chaque fois. Transportant des jerricans moitié aussi lourds qu’elles !