Midi, « un dîner presque parfait ». A la télé. J’en avais entendu parler. Vaguement ! Des gens dans des conversations. En référence, à peine. S’en vantent pas trop ! Regardent mais ne cause…
Et puis là, midi, dans une clinique privée pour mutuelles. J’ai dû faire 900 bornes kilométriques véhiculaires pour arriver jusque-là. Sur la nuit. Tout ça pour arriver dans une clinique devant « un dîner presque parfait ».
Comment dire… Je suis atterré. Vraiment. Le mélange des commentaires, de la voix off, du montage, du jugement des convives après le repas. Il y a un cochois, une sorte de gros gars gras du côté du havre, une prothésiste ongulaire, un docker, « on s’là met… »… et le reste à l’avenant. Des techniciens pour filmer, pour monter ça ! Des scripts, des maquilleuses, des morceaux, des bouts d’images. Le chieur, le docker qui fait rien qu’à critiquer… Le bout du quart d’heure du vieil Andy… Et toujours cette voix off mi-moqueuse, mi-acide, mi-acerbe (je sais, ça fait trois, mais c’est pour tellement !)… Le bruit d’une horloge, le vol d’une mouche pour bien insister sur les blancs dans la conversation.
C’est donc ça qu’est devenu, en partie, la télé ? Et les gens qui la regardent ?
Je sors de mon trou. Mille ans en arrière. A vous dire, je ne l’ai pas la boîte magique, la télé. Je l’ai pas ! Alors quand je me retrouve devant et que vraiment je la regarde : cette enfilade de pubs, de jeux et de redifs… tout cet argent, ces objets… en énorme foison. Je me retrouve comme un bushman avec dans les mains un double giant… bavant de sauce. Du Graal quasiment, à la minute, de la bandaison papa, du dur, du brillant, du rythme. Pas une seconde de blanc, de réfléchir, surtout pas !
Je pourrais encore vous raconter à la seconde ce qui se déroule. Les commentaires, la musique, les visages, les interviews… Avec même les recettes des plats. Je pourrais vous raconter à la seconde. Le samedi, ils vous refont la semaine, jour à jour, je pourrais.
Mais à côté de moi, dans un lit gris, se repose mon fils. C’est pour lui que je suis là. C’est pour lui que je regarde la télé.
C’est pour lui, rien que pour lui.
Ainsi va la vie.
y a pas que moi qui cause