Faut que je vous narre et vous z’évoque un truc qui m’est arrivé il y a peu.
Vous l’avez peut-être compris mais Paul habite depuis quelques années dans un coin reculé du sud-ouest. Un endroit où les principaux actionnaires de chez Ricard côtoient sans vergogne des chasseurs, des ramasseurs de champignons, des pêcheurs et des joueurs de boules. Sachant que l’élite cumule avec brio plusieurs casquettes pour peu qu’elle soit à la retraite.
Mais il existe encore d’autres catégories : le quinziste, le fan (déçu souvent) du SCA (Sporting Club Albigeois) et le verbillant treiziste. Là, nous entrons présentement dans l’univers abscons du rugby (prononcez Ruby).
La France et l’immense majorité des foules acclament 15 furieux aux faciès de pékinois défoncés et aux sourires édentés en train de se mettre sur la tronche avec un plaisir communicatif. Par souci évident d’intégration, il m’arrive de poser trois questions et surtout de rester planté devant un match, regardant plutôt dans la salle que sur l’écran. C’est à peu près tout ce que je connais sur le jeu à quinze. Sinon que je croise de temps en temps quelques armoires aux bras tatoués gros comme mes cuisses.
Et puis récemment, un vendredi soir, je me suis retrouvé foncièrement par hasard devant un quart de final obscur entre les « dragons catalans » (ça ne s’invente pas) et une équipe anglaise. Cette fois-ci, ils n’étaient que treize à courir partout et à se donner des coups avec cet entrain habituel et joyeux si caractéristique de cet étrange sport. Je venais d’entrer dans un nouvel univers. Je venais d’entrer chez les treizistes !
Un club-house perché à côté d’un terrain illuminé. Des familles, des enfants, des ventres, la bière à 1 euros, un écran géant, un décodeur pirate pour suivre en direct, des commentaires en anglais donc, mais couverts par les hurlements de mille bombardiers, le grondement de cent cascades, les arrachements gravionnaires de 10 chariots élévateurs… tout ça éructé par 50 personnes debout autour d’un long bar en bois (je vous l’ai dit, la bière à un euros !)
Un accueil magique, une simplicité éthylique, des assiettes de tapas, plein de coups gratuits, les dragons qui gagnent, des mouvements sur l’écran que je ne comprends pas toujours, je me contente de hurler avec les autres, les bières arrivant en flot ininterrompu, des explications pointues (putains d’angliches), des commentaires avisés (enculé d’arbitre…), des rires à n’en plus finir, des soubresauts pansus, des tapes sur l’épaule, des rougeurs, de la sueur…
80 minutes de bonheur.
Allez les dragons !
y a pas que moi qui cause