Je vous ai déjà parlé du loto, notre sport régional, avec ses quines, ses doubles quines et ses cartons pleins. Un sport que pratiquent avec frénésie mes concitoyens. Dans un autre genre, tous les ans, fin mai, début juin, nous avons droit aux galas de danse qu’organisent les écoles du même nom.

Quand vous inscrivez votre enfant pour la première fois, vous ne savez encore rien de tout cela. Poussée, inspirée par les copines, votre fille (c’est souvent les filles qui dansent) vous déclare vouloir faire de la danse. Bon ! Vous vous renseignez, puis vous l’inscrivez, puis tous les lundis soir ou les mercredi matin (ou les deux !) vous la conduisez pour ensuite la rechercher. A heure et jour fixe, relâche pendant les vacances.

C’est plus tard que vous comprenez. Trop tard ! Personne n’ayant pris soin de vous expliquer toutes les conséquences de votre anodine inscription… le gala de danse de fin d’année.

Les répétitions débutent deux mois avant. En plus des cours habituels. Votre enfant rentre avec de plus en plus de papiers informatifs : achat du costume, horaires précis, vente du DVD de la soirée, assemblée générale de l’association, appel aux dons

Ce qui m’a frappé en arrivant dans cette riante région, c’est le nombre d’écoles en tout genre : salsa, hip hop, jazz, cool, moderne jazz, salon, rock… Du bougage de viande à tous les étages, du remuage d’anatomie... Au moins une école par quartier, par village… Incroyable ! Là d’où je viens, c’était plutôt une par département… et encore.

La pression monte, les préparatifs se préparent, les mamans font des tartes, des gâteaux, des crêpes.

Arrive le grand soir, la foule se presse. Parents, famille, grands-parents, cousins… Tout le monde est là ! Samedi soir ! Du patchouli à la naphtaline, tout le monde sur son 31. Reste un dernier obstacle. L’entrée ! Car il nous faut payer ! Payer pour voir ses propres enfants, payer pour manger ses propres tartes. C’est l’ami Staline qui doit se gondoler… Sinon, vous pouvez aussi acheter le programme.

Les lumières se tamisent, le moment tant attendu. Par tranche de 3 minutes, vont défiler sur l’estrade des gamines de 6/7 ans aux exatiques mamans mûres…

Jusqu’à 8 ans, c’est rigolo… perdues sous les projecteurs, les gamines sourient, scrutent la foule pour découvrir le visage couperosé de tatie Irène, de mémé ou de papa et son caméscope. Elles regardent ailleurs, parlent et gloussent entre-elles, oublient, partent à droite, sautillent à contre temps… Marrantes. Heureuses d’être là ! 3 p’tits tours et puis s’en vont.

Et ça s’enchaîne comme ça. Les petits, les élémentaires, les moyens grands, les petits moyens cours préparatoire première année… A moins que ce ne soit l’inverse. C’est à ce moment-là que ça dégénère. Plus l’âge augmente, plus les costumes raccourcissent. Justaucorps, jupes fendues, marcels baillants, maillots moulants… Jusqu’aux mamans moulées serrées dans d’horribles jupes craquantes en sky noir. Chorégraphie à l’avenant, positions lascives et suggestives… De 10 à 45 ans, les mêmes gestes, les mêmes harmoniques répétés pendant deux heures sur des musiques dont même l’ascenseur du Printemps Haussman ne voudrait pas.

C’est qu’elles ont l’air d’aimer ça les bougresses, les cheveux dans les yeux, le corps qui ondule, les deux mains qui montent des hanches jusqu’aux seins. Des grands coups de reins suggestifs... Mazette l’on se croirait à la Star’Ac (En fait, j’en sais rien, je n’ai jamais regardé. C’est juste l’idée que je m’en fais. Le côté agricole en plus !).

Ici, tout le monde est beau, les moches, les grosses, les thons, les moyennes, les passables, les vieilles, les jeunes, les bimbos, le reste des autres… Tout le monde bouge plus ou moins en rythme. La salle hurle, les familles se déchaînent, les flashes des téléphones pétillent (On ne peut plus dire « crépitent », ça fait une lurette et demie que plus aucun flash ne crépite !)

Le plus surprenifiant dans cette étrange cérémonie humaine, c’est la contraction du temps. En 2 heures vous obtenez un aperçu effarant des états successifs de l’évolution de la gente féminine. De la petitoune avec son sourire édenté en passant par l’ado boursouflée, brillant au nombril, tatouage à l’emporte-fesse, poitrine agressive pour terminer en maman variqueuse et peaud’orangeuse… toute contente de se dandiner encore comme sa fille. En deux heures vous parcourez un demi-siècle de décrépitude accélérée !

Le seul hic, dans cette sombre affaire, c’est d’avoir voulu quitter la salle des fêtes villageoise (lumière au néon et acoustique de bergerie) pour se rendre dans un véritable auditorium avec strapontins et tout ! Danser dans une salle des fêtes, ça fait kermesse, ça reste bon enfant. Par contre, la même scénographie approximative sous les sunlights d’une salle de spectacles ça vous a un air de goûter de club des aînés… ruraux, bien entendu.