Dans mon village, il y a un carrefour avec plusieurs feux. Une ancienne nationale coupe mon village en son exact milieu, alors pour laisser les villageois s’insérer dans le flot des véhicules motorisés, ils ont mis des feux. Deux très longs et deux plus courts. J’aime bien les feux, surtout les rouges et surtout au printemps. Quand le soleil décide de reprendre son règne sans partage après quelques mois d’hiver. Le temps éclatant s’installe, la chaleur envahit tout et les femmes ressortent leurs jupes, leurs fines robes à fleurs, leurs petits chemisiers et leurs décolletés… Installé tranquillement au bord du feu, je profite… L’ancienne nationale m’apporte, quand c’est feu rouge ou au démarrage du vert, des petits instantanés de bonheur : une jambe encore blanche, l’ombre d’une cuisse, une épaule dénudée, la bretelle d’un soutien-gorge, la courbe d’un sein… Des petits bonheurs humains qui passent enfermés dans des boîtes en fer. Moi, debout à côté du feu, je regarde tout ça et j’attends qu’à nouveau le rouge remplace l’orange.