C’est tellement lourd parfois, ça colle tellement qu’il faut absolument passer à autre chose, raconter autre chose. Du léger, du fin, de l’aérien… ça tombe bien j’ai ça en magasin.
Je vais vous raconter une histoire, une histoire d’insectes. Des bestioles qui tombent. D’infinies microscopiques, ridicules, magnifiques bestioles qui tombent.
Déjà il vous faut le Tarn. Le département et la rivière. Je ne sais pas si ça marche avec d’autres rivières. Bien, prenons le Tarn. Ensuite il vous faut des soirs d’été. Plusieurs ! de ces soirs d’après chaleur. La vraie, la presque 40 à l’ombre. Faut que ça dure plusieurs jours, que les bestioles incubent comme des folles. Quand tout est à peu près réuni, il vous faut du mois d’août minimum. De la fin août. C’est pas calendaire comme bestioles, ça fait un peu n’importe quoi n’importe quand. Faut guetter. Faut venir, revenir et revenir encore.

Vous êtes presque prêt. Il ne vous manque que l’endroit (un plage de galets en bordure conviendra), un pique nique, des amis, des enfants, du temps, de la cochonnaille du sud ouest, du rouge du sud ouest et des légumes du sud ouest (mais non je ne suis pas chauvin !) pour faire passer… On approche, on approche.
La nuit. Vous voilà à pied d’œuvre. Après une baignade rafraîchissante, vous vous laissez mollement glisser vers la nuit. La fraîcheur qui vient du Tarn est portée par une brise légère. Ça fait du bien. Le soir tombe. Heureusement, vous avez tout prévu. Dans votre coffre se trouve l’indispensable attirail pour faire un feu. Une jolie flambée crépitante que vos gamins s’empressent de transformer en brasier…
La nuit tombe, le vent s’est posé à même le sol, les animaux nocturnes décident de débuter leur sarabande dans votre cou.
Le feu s’est calmé, nous nous sommes rapprochés. Au début rien, quelques bestioles au bord de notre champ de vision… Une, deux à se jeter sur le feu. Puis de plus en plus. Ça y est, elles sont là ! Dans le halo des flammes ça tournoi, ça crépillonne, ça vibrillonne, ça tombe, ça rebondi, ça crépite, ça glisse dans les cheveux, dans le cou… vite, vite, tout ranger ! Fermer les tupperwares, reboucher les bouteilles et tout rapatrier dans la voiture.

Erreur !
Le simple fait d’ouvrir la portière et d’allumer le plafonnier, c’est deux cents minuscules papillons blancs qui s’engouffrent… une véritable frénésie dans l’habitacle.
Mais le spectacle n’est pas là. Il faut s’approcher de l’eau. A cet endroit, le Tarn est vivant, grouillant de larves devenant, pour une heure, insectes. D’aussi loin que porte le flash de mon appareil photo ou de ma lampe de poche, le Tarn grouille. Des milliers et des milliers d’éphémères s’élèvent en groupes serrés à plusieurs mètres de l’eau.

Commence alors une danse frénétique de vie. Une seule obsession : copuler. Copuler avant de mourir. Car c’est charmantes bestioles ont été nommées éphémères à bon escient. Dans une heure elle seront mortes. Une heure.
La nuit est calme. Au bord de l’eau, le bruit de ces millions de minuscules ailes (à moins que ce soit les soupirs de millions d’orgasmes) couvre tout le reste. La nuit est vivante, pleine, grouillante ? Il semble pleuvoir des ailes…

30 minutes est tout est terminé. La nuit reprend ses droits. Les poissons rassasiés regagnent le fond. Les chauves-souris continuent leurs acrobaties nocturnes. La lune est haute. Il va bientôt falloir rentrer.

Ici, les paysans disent : « regarder les insectes tomber ».
y a pas que moi qui cause